Nostalgies ou le joug du verbe

Nostalgies ou le joug du verbeBienvenue dans l’univers poétique d’Idriss Youssouf Elmi ; « Poète des cinq continents » né le 1er Février 1961 à Djibouti. Après avoir accouché d’un recueil de nouvelles « la Galaxie de l’Absurde » qui a reçu le Prix de l’académie des Sciences d’Outre-Mer ; il fait publier en 2004 le recueil de poèmes « Nostalgies ou le joug du Verbe » (qui est l’ouvrage à lire de la semaine…).

« En poèmes courts au Lyrisme contenu, Idris Youssouf Elmi tisse les mots qui vont de l'espoir à l'espoir en passant par les défaites de la vie. Les quatre brins de la trame se suivent et s'emmêlent: appel à l'enfant (I) dont le regard incisif et neuf se pose sur le monde et les êtres; évocation (II) du temps passé et présent où se conjuguent la mère, le premier amour lumineux d'une femme mais aussi les souffrances cruelles. L’Ailleurs dans l’ici (III) traduit une issue possible au-delà de l'absurde. A travers le joug du Verbe, le Poète hume la liberté et pressent autre chose : Vers fleuve et verbe feu (IV) sont ces flamboiements de phrases tranchantes qui tirent du silence le message de la vie, ils sont cette corne déchirant la chair corrompue des jours tristes où l’homme étouffe l’homme. Poésie, Corne d’Afrique, point extrême d’où le soleil se lève sur un continent. Poésie délivrance. Ce que clamaient déjà, en leur langue, les poètes de ces rives orientales.»

Crois-tu mon enfant

Que les danses

Au clair de lune

Que les coutumes

Détournées

Reprendront

Leur vive allure

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Quel sera

Mon enfant

L’avenir

D’un escargot

Dépourvu

De coquille

Dans cette nasse

De crabes

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Tu peux voir

Mon enfant

Avec les yeux de l’innocence

Cette vie cette lutte

Tu peux dire

Mon enfant

Avec les mots des humbles

Cette vie cette lutte

Tu peux faire

Mon enfant

Quelques jours allègres

Pour cette vie pour cette lutte

Nostalgies ou le joug du verbeExtraordinaire manière de déchirer les entrailles sourdines de la plaie sale…L’escargot sans coquille, la nasse de crabes, les yeux de l’innocence, le Clair de lune, tout  est représenté dans cette première partie du recueil, le joyau.

Idris Youssouf Elmi ! Cette machine silencieuse chargée de munitions préventives et douloureuses…

Suivant  la calme transition de l’appel en l’enfant, il nous jette dans le spectre de la Nostalgie à l’aide de ces mots grippés et de son encre toujours salée.

 

As-tu vu le maître

De cet âne bien chargé

De peine et de plaies

Du pays d’autrefois

De la contrée d’aujourd’hui

De ceux qui boivent le vent

De ceux qui savourent le vide

De ceux qui savent l’histoire

Mais qui ont le verbe interdit

As-tu vu le maître

De cet âne qui cherche

Au cimetière l’espoir

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Lèvres fraîches

Comme un premier baiser

Nez mutin

Poitrine ferme

Voilée

De soie diaphane

Que de folles promesses

Comme un soleil

Au zénithIdris youssouf elmi

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Fatiguée de porter

Le poids de la vie

Amoureuse des peines

Ton monde ne manque

Et celui qui côtoie

Par le jeu du hasard

Où demeure ton cœur

Boira l’eau amère

Des vagues de mirages

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Ame du doute

Ou poète

Accoucheur de vers

Et de mots pervers

Aux yeux de guide

Etre ou ne pas être

D’où vient le vent

 

 

La puissance magique de la superposition des voyelles et consonnes  de ses mots traduise simplement la grandeur de ses vers. En les déclamant, la saveur poétique semble changer son don en une musicalité étonnante. C’est ce que j’appelle la bonne poésie…Comme des doigts entrelacés qui s’échangent de l’énergie, le poète laisse s’évaporer la Nostalgie et la condense en l’Ailleurs dans l’Ici. Et encore, la saveur du poignard de ces mots ne meurt point !

 

Que faire de l’aube

Sinon des caravanes de vies

Des caravanes de morts

Dans la galère d’ici

Le jour aveugle

Est guidé par la nuit

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Il paraît que bientôt

L’Afrique et le progrès

Vont peut-être se marier

C’est pourquoi sans relâche

A la recherche d’un témoin

Tonnent les armes

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Les mafflus scolarisés

Votent pour la démocratie

Mais l’insouciance organisée

Dominent les électeurs

Qui toussent toujours plus fort

A la place des élus grippés

 

Il s’évade enfin dans « Vers fleuve et Verbe feu » où il chante en musique les espoirs des nôtres…

 

Le premier jour

Les mains applaudissent fort

Le deuxième jour

Les mains sont dans les caisses

Le troisième jour

Les mains façonnent l’incertitude

Le quatrième jour

Les mains cherchent la détente

Le cinquième jour

Les mains enterrent les morts

Le septième jour

Les mains recréent de l’ordre

Le huitième jour

Les mains applaudissent fort

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J’ai l’esprit en dérive

Je recense les torts

Je ressasse le passé

Pour redorer le futur

Sans compter sur les autres

Faut-il être tout seul

Pour aimer ceux qui bougent

Faut-il être tout seul

Pour comprendre les souffrances

Je vote pour la vue

Au royaume des aveugles

N’ayant pas le pouvoir

De donner la parole

Aux muets du palais                                                   

Je marmonne quelques vers

Sans compter sur les autres

Faut-il être tout seul

Pour comprendre les vieillards

Embrassons les vivants

Les morts n’ont pas besoin

Des vengeances qu’on se livre

Commençons dès maintenant

Sans attendre les autres

Faut-il être tout seul

Pour aimer ceux qui piochent

Faut-il être tout seul

Pour comprendre ce monde

 Idris

 

Voilà en quelques morceaux, le squelette du recueil de poèmes « Nostalgies ou Le joug du Verbe » de Idris Youssouf Elmi…Cet homme autodidacte, et enseignant ! Le charme de la douceur des larmes salées de ces vers trouve et retrouve une beauté inouï dans les douleurs artérielles des souffrances de l’Afrique en particulier et du monde entier en général.

La puissance de ses textes non ponctués me fait me souvenir des propos de Pr. Ebénezer Njoh-Mouelle ; « …déclamer à haute voix un poème non ponctué, traduit une grande liberté. C’est comme circuler sans feux de signalisations ». Le poète porte bien les ailles de la colombe poétique et vole très haut dans les nuages de la prévention et de l’espoir…Il alerte l’Enfant... Il t’alerte…il nous alerte, sur la nécessité de reconnaître et connaître fièrement nos cultures. Celles qui nous, sommes propres…propres au continent. Pour limer ses propos, il quitte de l’Enfant à Vers fleuve verbe feu, en passant par la Nostalgie et l’Ailleurs dans l’Ici.

 

Ainsi, s’achève la grande et fructueuse balade dans l’univers poétique d’Idris Youssouf Elmi. Avant de jeter définitivement la clé dans la mer, permets-moi de te recommander ce livre pour ta prochaine lecture !

 

Il est disponible aux éditions L’Harmattan à  09.5 euros (prix de l’éditeur)

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