A l'affût du matin rouge

A laffût du matin rougeCette semaine, je vous offre une vue en filigrane du recueil de poèmes « A l’affût du matin rouge » de l’écrivain camerounais Jean-Claude Awono ; directeur (à l’époque) de la collection « les poètes de l’aurore » (rêveurs actifs) aux Editions CLE.

A l’affût du matin rouge donc ! Un matin qui se cherche, se fouille, sans pouvoir se trouver ou se retrouver. C’est la recherche de la fracture, de la déchirure, de la blessure, du rouge : du symbole de la vie.

A l’affût du matin rouge est avant tout un recueil de poèmes de situation. C’est-à-dire, que l’auteur se laisse conduire par l’inspiration du moment ; par la douleur, par la joie, le souvenir, la fracture justement. Le rouge. L’auteur se retrouve forcé à lâcher sa plume et à matérialiser l’univers épique dans lequel il évolue.

A l’affût du matin rouge, est également la griffe déposée de l’imparité qui se traduit dans les bousculades sur l’autoroute des mots grippés de la vie, de sa vie, de celle de son entourage. Une griffe qui surtout traduit les déchirures sans cesse saignantes des réalités, de l’amitié, de l’amour, de la passion. Bref, des brèches, pas moins accentuées du déséquilibre et de l’inspiration poétique. Il faut dire surtout que ce recueil de poèmes (50 et 01) traduit la diversité dans l’univers des vents tropicaux et équatoriaux sous les Chars des Dieux. Notamment avec ses nombreux voyages, entre autres ; celle de Paris en 2004 ; où l’auteur a eu le privilège de se frotter à l’environnement (encore vivant) du célèbre écrivain Français Emile Zola.

Ce recueil, ou cette cuvette de mots inépuisables contient également le témoignage sincère d’une amitié vraie vis-à-vis d’un camarade d’Université : Emmanuel Gorssou ; puisqu’il s’agit de lui.

A près sa visite dans la partie septentrionale du Cameroun (région d’origine de Gorssou), le poète a certainement été très tourmenté. Une tourmente heureuse et positive. Elle aura donc permis au poète de plus, se découvrir. De plus, se présenter. De plus, se creuser. Il le témoigne (tout au long de son discours concret) notamment avec le poème « Goremma » (en hommage à Gorssou) qui est à mon avis, l’un des poèmes les plus symboliques de l’œuvre –cents vers -, mais également à cause de tout l’intérêt de l’auteur pour le Grand Nord. Les expressions propres à la région sont d’ailleurs éparpillées tout au long du rivage des mots ; comme notamment, « lamido »,  « Rey Bouba », « Garoua », « Steppes », « Yagoua », « Pachydermes », « Mayos », « La Bénoué », « La Viida », etc.

Jean awonoA l’affût du matin rouge est également la douleur d’un homme des lettres, d’un enseignant dans notre « Très grande République » qui cri, qui se plains, et puis, se calme et essuies tranquillement ses larmes en jetant sa colère chaude sur les rigueurs du travail…

« On me dit d’enseigner

« Et moi j’enseigne sans rien dire                          

« Comme un esclave dans la canne à sucre

« On m’envoie enseigner

« Dans la pluie sur la pierre et en enfer

« Moi je m’en vais soldat malgré moi

« Sans rien dire

Jean claude awono CLIJEC

« Personne ne veut devenir ce que je suis

« Les coqs en pâte m’appellent monsieur le professeur

« Et me rient dans le dos

« Et me demande mes armoiries

« Et moi je n’ai rien je ne dis rien

 

Décidément, la fracture est forte et vraiment pénible : si pénible que le poète ose son audace pour dire que :

« Le Cameroun n’est pas vrai

« C’est une rançon portugaise

« C’est une brume épaisse

« Qui boucle la vue

« A l’éclat de l’horizon

 

Et déclarer ses flambeaux dans son poème « puis mon pays ». Bref, Jean-Claude Awono est à l’écoute de Fernando d’Almeida (Grand écrivain Camerounais) qui dit que « Le poète doit partir quand il faut rester ». C’est justement la virilité du puissant verbe composé « agad’afouaga », qui veut dire « détruit et construit ». Il faut détruire puis construire évidemment. Il faut oser et étrangler ses servitudes.

Mais au même moment, comment étrangler ses servitudes, pourtant elles peuvent nous ramener dans l’enfantement du souvenir ? Le souvenir de l’enfance ? Un souvenir heureux dans la forêt équatoriale du Bassin du Congo, (deuxième poumon de la planète). Notamment avec le poème « Yambacongo », Grand chant populaire qui berçait les heures tranquilles du poète dans son village natal. Gros souvenir d’un grand Oncle Chicard (homme avec beaucoup de chiques), Yamba ; avec qui il partageait un plaisir immense sur les passions du Football.

Et que dire du poème « Maman » ?     

 

« Je t’écris depuis mon enfance

« Je t’écris maman et je me souviens

« Et je pleure

Des pleurs qu’il va également souligner dans les artères du poème « Femme alitée », un sentiment, l’atmosphère qui se présentait dans la maison de son amie sidéenne, quelques jours avant sa mort.

Décidément, c’est du tragique qui se veut meilleur et célébré. La fracture, le rouge de l’auteur, circule dans un flux d’inspirations sans heurts, sans points, sans virgules ; dans une liberté, dans une « sombre liberté ».

Et pour l’éclairer un tout petit peu, il la peint de rose ; une rencontre (manquée) avec « Amombo » du romantique dans les écailles de « Eyéméyémé », de « Baiser d’amorces », « Petit bosquet noir » etc. …

Grosso modo, A l’affût du matin rouge, est ce miroir solitaire qui présente une posture ambigüe du poète et de son environnement teinté de bleue et des envieux lointains de l’aurore. L’intérimaire d’une poésie solide et vivace se définit et se clarifie comme telle !

Jean claude awono_CLIJEC

S’il fallait enfin que je partage avec vous, mes ressentiments et mes profondeurs intérieures après une lecture d’un ouvrage comme celui-ci, je pourrai sans hésiter soulever deux ou trois points : D’abord, la puissance de l’inspiration du moment ; ce que j’ai appelé plus tôt, « Les poèmes de situation »…C’est sans équivoque et très originale, car l’auteur décrit à l’instant t donné, la fracture et la douleur du moment en ses mots les plus vraies et les plus sincères. Egalement, je soulignerai la puissance du voyage dans la vie d’un penseur, d’un rêveur, d’un écrivain, d’un poète…Se frotter avec d’autres cieux. Se frotter avec d’autres pieux et faire exploser le suc le plus frais d’une coopération non autarcique, mais bien plutôt, forte et vraie.

Et enfin, je soulèverai le train de l’enfance qui partout nous suit et nous rappelle qu’on a tiré le bout du sein d’une femme il y a des années et également qu’on a pleuré à la sortie du triangle gris de la même femme. De maman.

 

Je finirai définitivement en citant le Pr. Ebénézer Njoh Mouelle , Préfacier de ce recueil :

 « Jean-Claude Awono écrit sans  ponctuation, une manière d’écrire qui crée ce sentiment de liberté par lequel on se voit circuler sans feux de signalisation quelconque à travers ces lignes, maître en second de ce qu’on va lire, en ce sens qu’on est invité à recréer en tant que lecteur le rythme et la cadence que l’auteur a préféré cacher, ou alors à créer le rythme et la cadence qui nous conviennent, dans notre entreprise de faire vivre le poème. »

 

Ce recueil a été publié aux éditions CLE de Yaoundé, en 2006. Cameroun.

 

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