LA PROBLÉMATIQUE DU CÉLIBAT PERMANENT DES FEMMES MODERNES DANS APPELEZ-MOI MADAME OUMAROU DE LÉONTINE LONGBOU FOPA

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En Afrique ou au Cameroun, le célibat des femmes d’une certaine catégorie demeure une réalité qui n’a pas suscité jusque-là beaucoup d’interrogations chez  les acteurs de la plume, mais qui perdure de plus en plus dans nos sociétés modernes. Celui- ci (célibat) s’installe progressivement chez les femmes de nos jours; certainement à cause du contact immédiat avec la culture occidentale, où le statut de la femme de ménage ou femme au foyer a totalement laissé la place à celui de femme émancipé, dirigeante et responsable. Et ce choc des cultures a tendance à influer ou dominer les valeurs traditionnelles africaines, car étant mondialisées, elles subissent la présence incontesté de l’occident en nous par le biais des médias ou même de l’étude de leur philologie accrue dans les programmes scolaires africains.

Ce problème n’a certainement pas laissé indifférent l’auteure Léontine LONGBOU FOPA. En effet, elle ressort dans son roman le statut de la femme célibataire en Afrique, à travers l’histoire de Delphine AYISSI, jeune femme dotée d’un physique ingrat mais d’une intelligence exceptionnelle qui lui permettra d’intégrer le prestigieux corps de la magistrature. Dès lors, elle se lancera dans un long combat pour devenir épouse et cesser d’usurper le titre de Madame.

1507 1Appelez-moi Madame Oumarou est ce livre qui met les pleins phares sur les problèmes tant obstrués par certains auteurs, mais qui méritent d’être invités aux débats actuels.  Le mariage n’étant pas forcément une fin en soi mais lorsque sa quête est assimilée à un chemin de croix, c’est là où se pose le problème. Ainsi, quels peuvent être les causes de ce célibat dans la société Africaine/Camerounaise ? Quels sont les facteurs favorisant les conditions d’une telle situation ? Ces questions permettront de parcourir cet aspect du roman de l’auteure camerounaise L.L. FOPA dans une perspective socioculturelle.

1-Le mythe de la femme de ménage comme cause du célibat

La conception du rôle de la femme chez les traditionnalistes fait d’elle un être à côté de son mari pour l’accompagner dans les taches que celui-ci ne devrait pas accomplir1 Cette conception est restée longtemps dans l’imaginaire collectif de l’Africain, totalement attaché à ses traditions, ce qui fait que ce nouveau statut de plus en plus émergent dans nos sociétés est considéré comme une menace, voire un danger. Certainement un danger. Si la femme n’est plus destinée aux tâches ménagères dans le foyer, mais plutôt à des fonctions administratives, bureaucratiques, ce n’est pas non plus l’homme qui les accomplira aussi. Bien sûr, on trouvera une ménagère dans le coin pour la situation, mais elle ne remplacera jamais l’épouse. L’homme étant très jaloux de sa posture de chef de famille, de décideur ou de capitaine solitaire2 ne laissera sous aucun  prétexte sa place à sa femme, à son épouse. La femme émancipée, bureaucrate, magistrat, qui prend des décisions dures au quotidien, face à de grands hommes, pourrait avoir tendance à prolonger son métier dans le foyer conjugal. Elle fait peur. Il faut donc l’éviter pour avoir un foyer en paix, dans la tranquillité.

2-Beauté et intelligence : éternels ennemis

À côté du statut professionnel, qui fait obstacle au mariage, on retrouve aussi dans le roman un autre aspect : la beauté physique. Naturellement, le portrait physique d’une femme est toujours le premier atout, tandis que la jugeote, l’intrinsèque, viennent le plus souvent après plusieurs contacts oraux ou buccaux.3 Par ailleurs, plusieurs observations ont montré que les personnes d’une intelligence sans pareils sont souvent dotées d’un physique ingrat, dont parle L.L. FOPA. En effet la nature ne peut pas tout vous offrir. Le mariage entre les deux est donc impossible, et l’on a le plus souvent à faire à une relation complémentaire. Complémentarité lorsque le statut social vient compenser le vide du physique.

3-Mariages des « grandes dames » : Eternel Chemin de Croix.

À côté du célibat, il y a son corollaire le mariage qui n’existe qu’après la mort du célibat, dont on fait les funérailles chez le maire ou à l’église. Les « grandes dames »4 trouvent difficilement un conjoint en Afrique/Cameroun à cause de certains mythes, que j’ai évoqués plus haut. Ce statut crée un blocage chez les potentiels prétendants –aventuriers ou non- et éloigne le mariage vers des sphères très lointaines. Le mariage de celles-ci est donc similaire à une souffrance vaine ou alors un chemin de croix. Certaines femmes se verront même en train d’usurper le titre parce qu’elles veulent être madame à tout prix, comme c’est le cas dans le roman avec Delphine AYISSI, l’héroïne.

On constate donc que le mariage des femmes haut-gradées, bureaucrates, modernes est un véritable combat permanent, étant donné que plusieurs facteurs socioculturels empêchent la victoire contre lui. C’est sans doute ce que l’auteure veut ressortir dans ce roman avec cette main portant une alliance, qui apparaît sur la première de couverture.

 

Fogang Toyem (cameroun) - publié dans le Magazine littéraire "CLIJEC, le Mag'" en Mai 2016.

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