PAROLE A L'ECRIVAIN - ACT 4

Les femmes mariées mangent déjà le gésier

Marce Kemadjou_CLIJEC

C’est un entremêlement de racontages comme l’auteur aime les appeler. Les racontages se construisent dans les six parties du livre. Il s’ouvre par « là où le roi va seul et à pieds », ensuite vient « il n’y a pas de petit chef de famille », puis « quand le mariage est encore neuf, le tam-tam des bonnes nouvelles va loin », la suite c’est« ton couscous est dans ta main, ta sauce est dans ta main » et les deux dernières parties sont : « chaque rivière a ses coquillages », « les femmes mariées mangent déjà le gésier ».

L’intrigue, elle, est très simple. La vie de Petit-Bonheur et de sa femme n’est plus rose depuis un certain moment, Bitacola se plaint chez son beau-père Papa Koni-eye, qui décide d’organiser une conférence matrimoniale souveraine pour ramener la paix dans le foyer des deux mariés. La conférence, à l’image de celle organisée au Cameroun dans les années 90 n’aboutira pas à grand-chose, sinon à une situation pire que celle initiale. L’auteur fait un portrait étonnant et diversifié des crises qui traversent le couple camerounais contemporain, au-delà de la crise économique. Nah Amina et son mari ne trouvent pas, comme les autres, un terrain d’entente, car ce dernier n’accepte pas le travail de sa femme qui est photographe et se déplace beaucoup. Papa Koni-eye quand à lui, n’a pas compris que même s’il donne tout à sa reine Ngadam, cette dernière n’est pas satisfaite car papa Koni-eye n’est pas encore : « passé à l’acte avec elle ». Les crises au sein du foyer camerounais sont surtout culturelles, traduisant les essais des couples camerounais de concilier les demandes de la modernité et de la conjecture économique avec celles des cultures du terroir. Le livre se termine néanmoins sur une note d’espoir car celui qui retient les leçons des péripéties des autres couples est Wangissi. En effet, dès les débuts de son mariage, sa jeune femme prépare du poulet et ne lui sert pas le gésier. Ce dernier se met en colère et quitte le foyer conjugal. Il est ferme sur sa décision : « pas de gésier, pas de nourriture ». De retour chez lui la même soirée, après avoir failli être arrêté avec un gang de bandits, par inadvertance, il se réconcilie avec sa femme et lui rappelle qu’il ne tolérera jamais l’absence du gésier dans son plat. Il tire des leçons de la conférence matrimoniale et de la vie de son patron Petit-Bonheur pour construire son mariage.

Le texte s’écrit dans un langage simple, vivant et truffé de proverbes (voir citations ci-dessous). La crise est décrite dans toute sa complexité mais également dans sa nature exacte. Il ya un grand besoin d’être en paix avec la terre-mère tout en vivant la dure réalité des temps nouveaux. Le couple camerounais s’enlise dans le « faux » débat du féminisme, du « masculinisme » et dans une énorme perte de valeurs qui est rappelée à chaque occasion par la figure de la mère de Bitacola. Le livre est également un trésor pour tout amoureux de la culture populaire camerounaise. Le langage est diversifié, le pidgin y rencontre le medumba, le francais, le camfranglais et bien d’autres langues camerounaises. Il ne s’agit pas de dire la vie quotidienne, mais de la laisser se dire par ceux qui la construisent, avec leurs mots, leurs hésitations, leurs appréhensions et surtout leurs excitations.

Marcel Kemadjou Njanké est commercant au marché Mboppi. Il a à son actif huit créations littéraires. Ce texte est publié chez Ifrikiya depuis Janvier 2014 et est disponible en librairie au Cameroun.

©Tonta Himco Flora

FIIAA (Schell Nsimeyong, rue après le Temple des Yaoundé

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